Il a grandi sur des skis, dort probablement avec ses bottes, et change de masque comme d’autres changent de chaussettes porte-bonheur. Rencontre avec Léo Anguenot, pur produit de La Clusaz, skieur de haut niveau, amoureux de la glisse sous toutes ses formes, même sur l’eau.
Salut Léo, présente-toi comme si tu faisais ton premier passage télé.
Je m’appelle Léo Anguenot, j’ai 26 ans, je viens de La Clusaz. Je suis skieur alpin en équipe de France. Et dans une autre vie, j’ai aussi été en équipe de France de ski nautique. Oui, je suis un gars qui skie même quand c’est mouillé.
Ski nautique, donc. Mais t’as tranché pour la neige ?
Depuis 2018, j’ai choisi de me consacrer à 100 % au ski alpin. Deux carrières en parallèle à haut niveau, ça devenait un peu trop sport, justement.
On est chez toi, là ?
Oui, chez mes parents, à La Clusaz. C’est mon cocon. J’ai toujours vécu ici, même si à 17-18 ans j’ai commencé à beaucoup voyager pour les courses. Mais je revenais toujours ici entre deux. J’ai passé le confinement ici, et franchement, je n’étais pas malheureux.
La Clusaz, c’est quoi pour toi ?
C’est chez moi. Je suis super chauvin dès qu’il faut vendre la station. On est tous un peu une famille ici. On se connaît tous. Il y a la montagne, ça vit toute l’année. Bref, c’est ce que j’aime.

Ton parcours de skieur, version CV ?
J’ai commencé au pré-club à 8 ans, puis au Club des Sports à partir de 11 ans. Je n’étais pas le prodige ultra-précoce, mais à 18 ans, ça a commencé à décoller. Champion de France en géant et slalom U18, puis vice-champion chez les juniors. 5e aux Mondiaux Juniors. En 2019, premier départ en Coupe du monde à Adelboden, pas prêt, mais fallait y aller. Depuis, je me suis fait la main en Coupe d’Europe, avec des podiums, des victoires… et maintenant, ça fait deux saisons complètes en Coupe du monde. Meilleur résultat : 2e à Alta Badia. Et aujourd’hui, je suis 15e mondial en géant.
C’était une évidence de devenir pro ?
Un peu, oui. Mes parents ont tous les deux couru en Coupe d’Europe, ma mère a même fait un départ en Coupe du monde. Le ski, c’était à table, au salon, dans les rêves… J’étais à fond. Je piquais des piquets du club pour faire des slaloms solos quand je m’ennuyais. Bref, c’était plié.
On t’a vu sur des skis de fond à la Boarder Line… C’est sérieux, ça ?
Oui, et ce n’est pas la seule fois ! Chaque hiver j’en fais deux-trois fois. J’aime toucher à tout. Ski de rando, vélo, tennis, rando à pied… Si ça transpire, ça me va.
Et donc le ski nautique, toujours dans la boucle ?
C’est mon autre passion. J’aime autant ça que le ski alpin. Mon père m’a transmis les deux. J’ai arrêté la compète en nautique, mais j’en fais chaque été. Ça me nettoie la tête. Et ça m’a aidé à gérer le stress en course. Comme une double école.
Premiers virages sur neige ou sur l’eau ?
Sur neige, avec ma mamie qui était monitrice enfants. Une vraie histoire de famille. Chez nous, je pense que si on fait une prise de sang, on trouve de la neige fondue.

Un coin préféré à La Clusaz ?
Le massif de l’Étale. Moins de monde l’hiver, super sympa l’été. Je l’adore. Des bons souvenirs d’entraînement là-bas aussi.
Si t’avais pas été skieur pro, tu serais devenu quoi ?
Un autre type de sportif, sûrement. Je suis câblé pour le sport. Sinon, je fais partie de l’équipe police nationale des skieurs. On est ambassadeurs. Peut-être que je resterai là-dedans après ma carrière. Mais pour l’instant, je suis concentré sur les pistes.
T’es superstitieux sur les skis ? Rituel type Nadal ou plus discret ?
J’ai mes trucs, oui. Mon masque avec les verres roses, que je garde même par brouillard ou soleil, je le vois comme mon filtre magique. Et je me tape sur les cuisses un certain nombre de fois avant de partir. C’est un mélange de concentration et de superstition. Avec mon préparateur mental, on bosse là-dessus depuis 4 ans. C’est devenu un vrai outil.
Parle-nous de ce fameux podium à Alta Badia.
C’était fou. J’étais dans un état de grâce : bonnes jambes, bons skis, bon feeling. Je visais un top 10. Et je finis 2e. J’étais 9e après la première manche, j’ai tout donné sur la deuxième. Et quand les autres descendaient un par un derrière moi et que je remontais au classement… c’était un ascenseur émotionnel. En plus, il neigeait. Et moi, quand il neige, je suis une pile électrique.
Y a un « avant/après » ce podium ?
Oui. Mentalement déjà : ça valide ce qu’on fait. Et ça donne envie d’y retourner. Mais attention au piège : après ce podium, je me suis mis la pression, à vouloir revivre ça tout de suite. Et j’ai un peu perdu le fil technique. Maintenant je sais : pas courir après le podium, juste bien skier.
Objectifs ? T’as une to-do list collée sur le frigo ?
Les Jeux olympiques, forcément. 2026, ou même 2030, en France en plus. Sinon, jouer des podiums, viser un globe… Mais toujours étape par étape. Une course, c’est un reset complet.
T’en es où pour les JO ? Présélectionné ?
Oui, je suis dans le groupe A de l’équipe de France, donc dans les petits papiers. Mais il y a seulement 4 places par discipline. Donc va falloir être bon dès le début de saison. On a eu un stage préolympique avec tous les athlètes des sports d’hiver. On commence à sentir la pression monter… Mais ça motive à fond.
Et ton plus beau moment sur les skis ? (Question rituelle, un peu cucul, mais on assume.)
Mon podium à Alta Badia, sans hésiter. C’était juste avant Noël 2024, donc gros cadeau. Il neigeait, j’étais comme un gamin, et j’étais à côté de Marco Odermatt sur le podium. Le gars ne savait sûrement pas qui j’étais… Mais il a été cool. C’était une journée parfaite, avec les Dolomites en fond. Je m’en souviendrai longtemps.

