Dans les coulisses musicales des Aravis, il y a Lionel Rivière. Chef d’orchestre, pédagogue et compositeur, il dirige depuis dix ans l’Orchestre d’Harmonie de La Clusaz, « L’Écho des Aravis », ainsi que l’École de musique intercommunale. Originaire de Picardie, formé à Paris, il a trouvé dans les montagnes un terrain d’expression idéal pour son amour de la musique collective et des projets un peu fous.
Tu as toujours voulu faire de la musique ?
Oui, dès 7-8 ans. Personne n’en faisait dans ma famille, mais je savais que je voulais être musicien. Je joue surtout du cuivre, du cor, un peu de piano, des percussions à une époque, et je compose beaucoup.
Au niveau de l’Orchestre d’Harmonie, tu es très investi dans l’école des Aravis, quel est ton rôle ?
J’ai plusieurs rôles, mais le premier, c’est sûrement de fédérer. Je dis souvent que l’Orchestre c’est une mini société : on y retrouve une soixantaine de musiciens, de 13 à 77 ans. Mon job, c’est de rassembler tout le monde autour de projets, de trouver un répertoire qui parle à tous, de leur faire découvrir d’autres choses, d’organiser des répétitions et des concerts pour faire vivre l’Orchestre du mieux possible.
Quelle est la philosophie de l’Orchestre ?
L’Harmonie, c’est la polyvalence : cérémonies, carnaval, projets innovants. Je dis souvent : il faut être les meilleurs dans tout, dans des répertoires différents. À La Clusaz, notre force, c’est cette envie d’innover, rencontrer des nouveaux artistes et de créer.

Les répétitions, c’est sérieux ou joyeux bazar ?
Ni militaire, ni joyeux bazar ! Le vin rouge et le reblochon, c’est pour après, et c’est sacré. Pendant la répétition, on bosse. Ce n’est pas strict, mais il y a une certaine exigence, les musiciens sont là pour progresser.
Parle-nous de l’Harmonie Mécanique. C’est venu comment ?
C’est une rencontre entre l’Orchestre d’Harmonie de La Clusaz et un artiste que je connais depuis longtemps : Jonathan Mathis, à travers l’Orgue de Barbarie. On avait déjà bossé ensemble il y a plus de 20 ans, et là on s’est dit : et si on composait un concert entier à deux en mêlant orgue de barbarie et 60 musiciens ? On l’a joué une première fois à Noël 2024 et cela a beaucoup plu. On va donc le rejouer plusieurs fois dans l’année à venir. C’est un projet qui nous tenait à coeur, et on a embarqué facilement toute l’équipe.

Concrètement, qu’est-ce qui a été plus compliqué ?
C’est sûrement l‘écriture. Créer une musique originale, accessible et cohérente entre l’Orgue et l’Orchestre. On a écrit une heure de musique, répété chacun de notre côté et rassemblé le tout en septembre dernier. Et là, on a su que ça allait marcher.
Tu es aussi enseignant. Peuxtu nous parler de ton rôle et du fonctionnement de l’École de musique des Aravis ?
L’École de musique des Aravis regroupe 150 élèves de La Clusaz, du Grand-Bornand, de Saint-Jean de Sixt et de Manigod. Mon rôle, c’est d’enseigner la musique au plus grand nombre d’enfants possible et nourrir les Orchestres d’Harmonie. On a 14 professeurs à temps partiel, chacun dans une discipline différente. L’objectif, c’est la pratique collective, faire jouer les élèvesensemble. On explore tous les styles de musique pour éveiller la curiosité.
Est-ce que les enfants rêvent encore de jouer du cor ?
Je suis prof de cor, donc je prends ça comme un clin d’oeil ! Bien sûr, il y a encore plein d’enfants qui rêvent de jouer de la clarinette, du cor, de l’accordéon ou de l’orgue. Les enfants n’ont justement pas d’apriori, ils sont très ouverts. L’instrument qui attire le plus ? Les percussions, sans hésiter ! On doit même créer une liste d’attente.
Les orchestres à l’école, peux-tu nous expliquer ce que c’est ?
Oui, ça a été mis en place il y a quatre ans avec quatre mairies des Aravis. L’idée, c’est que des classes entières, du CE2 au CM2, deviennent un orchestre. Aujourd’hui, on a 11 orchestres à l’école, c’est énorme ! C’est grâce aussi au soutien du conseil départemental qui nous aide à acheter les instruments. Tous les enfants jouent une heure et quart par semaine, pendant le temps scolaire. Même les profs des écoles jouent avec les élèves. Ce ne sont pas toujours les plus disciplinés ! Mais ils se prennent au jeu, et c’est chouette.
Le projet « Aravis Electro Kids Orchestra » a beaucoup fait parler cette année. Tu peux nous en dire plus ?
L’idée était de créer quelque chose d’innovant réunissant 220 enfants avec un DJ et de la musique électronique. Bertrand Boulot, intervenant dans les écoles, a co-construit les morceaux avec moi. On a joué dans la programmation de Radio Meuh. L’objectif est que les enfants gardent ce souvenir toute leur vie. L’année prochaine, on prévoit un autre projet avec les orchestres à l’école et Bertrand : les enfants feront de la musique en direct sur des films d’animation. Chaque village aura son concert de fin d’année au cinéma.

Ces projets un peu “hors norme”, c’est ce que tu préfères finalement ?
Oui, les projets un peu fous et décalés me passionnent vraiment. Travailler avec des artistes est toujours enrichissant et pousse tout le monde vers le haut. On a plusieurs projets intéressants en cours, comme un voyage musical autour du monde pour Noël et un projet sur la musique tzigane avec un accordéoniste et un violoniste.
Est-ce que tu peux nous parler du projet le plus décalé que tu as pu mettre en place ?
Je dirais que c’était en Picardie avec 40 cuivres et percussions, 4 cornemuses, 4 bombardes et 4 caisses claires celtiques. On a joué dans la programmation officielle du Festival Interceltique de l’Orient, avec une dizaine de représentations et un disque vendu à 2000 exemplaires. C’était une année de folie avec des concerts partout, de grands voyages musicaux et humains.
Le mot de la fin ?
Juste dire merci. Tout ça existe grâce aux soutiens : la mairie de La Clusaz, l’Office de Tourisme, le Département, la CCVT, le SIMA et chaque commune. On est bien entourés, et c’est ce qui rend tout ça possible
