Botanico, un nom qui résume une passion.
Celle d’un amoureux de la nature, enraciné à La Clusaz, qui fait dialoguer les plantes et les humains, les saisons et les saveurs. Une philosophie de terrain, simple et vivante, portée par une curiosité sans fin.
Qui es-tu botanico ?
Je m’appelle Nicolas Collomb-Clerc. Je suis originaire de La Clusaz et j’ai monté une micro-entreprise autour des plantes il y a cinq ans. Ma passion pour la botanique remonte au printemps 2009, à une époque où je faisais des saisons, je n’avais pas de voiture et je marchais tous les jours pour aller au boulot. Et puis, il s’est trouvé qu’à ce moment-là, j’étais dans une colocation et il y avait un livre de plantes sur la table basse du salon. Et je me suis mis à faire une chasse au trésor des plantes que je voyais sur mes trajets. En les découvrant une à une, je me suis passionné pour ce petit monde végétal qui nous entoure.
Les plantes, tu les connais par cœur ?
Je les apprends encore. Observer, identifier, comparer, c’est sans fin. Il y a toujours une tige qui te surprend. Et puis surtout, je partage. Balades botaniques, ateliers cuisine… Le but, c’est de rendre tout ça vivant, drôle et accessible.

Justement, est-ce que tu peux nous parler de ton métier ?
Dans mon métier, il y a deux parties distinctes. La première, c’est la botanique où j’étudie les plantes. Je me renseigne dans les livres, je vais observer leur morphologie, découvrir la plante au fil des saisons. Au début je vais avoir peut-être que des feuilles, ensuite des fleurs, des graines, etc. Donc, j’apprends tout le processus de la plante pour l’identifier.
Et la seconde partie que j’adore, c’est le partage des connaissances autour de la nature à travers des balades botaniques par exemple. On va sur le terrain observer les plantes, faire sa description, découvrir ses usages, son histoire, les petites anecdotes, puisque dans le monde de la nature, il y a toujours un petit truc sympa à raconter.


Tu fais aussi des ateliers de cuisine sauvage ?
Oui, c’est la nature qui décide du menu. Je dirais que c’est la contrainte du bonheur. Selon la saison, on fait un pesto, un sirop, une tisane. Du mois de mars à octobre, on a toujours quelque chose à faire. Et même en hiver, avec l’épicéa par exemple, on peut fabriquer des sirops maison.
Peux-tu nous parler des l’observation des végétaux à La Clusaz ?
À La Clusaz, on a la chance d’avoir de nombreuses fleurs de prairie grâce aux pâturages. De la renoncule aux pissenlits, en passant par les bleuets, les plantains, les graminées… Et puis après, on a des milieux forestiers où l’on retrouve les conifères et feuillus. On a aussi des bords de rivière avec des plantes d’eau, comme la Reine-des-prés. Même si on est en altitude, on a un terrain incroyable à étudier.
Est-ce que tu as une anecdote sympa avec tes apprentis botanistes ?
Ce qui est le plus surprenant, c’est quand je fais manger des feuilles d’ortie à même la plante. Il y a les courageux et il y a ceux qui ne le sont pas mais qui essayent quand même. Il faut savoir que la plante d’ortie est unique, elle a un goût très fort, très prononcé. Et vu que c’est une super plante, c’est un super aliment.
Tu nous partages ta recette de la soupe d’ortie ?
Facile : pommes de terre, oignons… On cuit tout ça dans l’eau. Et à la toute fin, on ajoute les feuilles d’ortie. Juste une minute. Ça garde tous les nutriments. Ensuite on mixe, on assaisonne… et on se régale. Une soupe pleine de peps.
Tu mets quoi dans ta salade ?
Ça dépend des jours, ça dépend des saisons. Je mets souvent des petites pousses de berce, d’égopodes, de plantins, mais ça dépend. Et puis, quelques petits pétales de fleurs comestibles pour égayer les salades, j’aime bien que ce soit joli et que ce soit bon.
Une plante qui te ressemble ?
Le carvi. Petite, discrète, mais avec du répondant. Sa graine fait un millimètre, mais elle explose en bouche. J’aime son côté inattendu. Et je ne l’ai pas encore totalement identifiée sur le terrain… comme quoi, même les familières peuvent garder leurs secrets.

Et dans nos propres jardins, il y a des pépites ?
Mais oui ! Nos jardins regorgent de trésors insoupçonnés. Dans les anciens potagers, on trouve des lamiers, du pourpier, ou du galinsoga – qui a un goût de topinambour. Dans les pelouses : des pissenlits (excellents pour le foie), du trèfle rouge ou blanc pour égayer une salade. Un couple m’a déjà d’ailleurs demandé de venir “lire” leur jardin. On a cueilli, cuisiné, mangé ensemble. Et maintenant, ils savent ce qu’ils ont sous les pieds. Un jardin, c’est un livre vivant. Encore faut-il apprendre à le lire.
Une erreur qu’on fait souvent ?
Vouloir trop en faire. Cueillir sans savoir. Gaspiller. C’est notre vieux réflexe de consommateurs : on prend, on jette. Mais cueillir, c’est déjà impacter. Alors si on le fait, il faut que ce soit juste, mesuré, respectueux.
Et ce qu’on fait de mieux ?
Là on touche un peu à mon sujet de prédilection. On se soigne. On se nourrit. Avec peu, il n’y a jamais besoin de beaucoup. Les plantes sauvages sont ultra-complètes, jamais modifiées. Elles parlent à notre corps qui les acceptent très bien pour de la prévention ou de la bobologie.
Un exemple pour se faire du bien ?
Le plantain, une plante magique. Tu saignes ? Il arrête. Tu as une piqûre ? Il soulage. Une ampoule ? Il apaise. Tu le froisses, tu l’appliques, et il agit. Et il est comestible ! Une odeur de sous-bois, un goût de champignon… il pousse partout, tout le temps.
Un conseil pour les futures botanistes ?
Commencez petit. Par exemple avec le livre Les 300 plantes comestibles aux éditions de l’Acho. Simple, bien fait, parfait pour mettre dans le sac à dos et aller explorer. Et surtout : sortez, observez, apprenez.
Un dernier message ?
On protège mieux ce qu’on connaît. Apprendre les plantes, c’est aussi apprendre à les respecter. Et si on peut transmettre ça à d’autres, alors la nature ne sera jamais une histoire oubliée.
