Loin des projecteurs mais toujours sur les sentiers, ils entretiennent, sécurisent et shapent les pistes tout l’été. À la croisée entre pisteur, secouriste et artisan du trail, ils bossent à la main, dans la pente, et souvent sous les radars.
On a rencontré Jonathan et Jérémie, deux figures de l’équipe, pour parler passion, cailloux et descentes mythiques.
Salut ! Pour commencer, vous êtes qui les gars
Jonathan : Je m’appelle Jonathan Duvillard, je suis responsable du Bike Park de La Clusaz depuis 2012. Et je gère une équipe de 5 Bike Patrols. On est 6 en tout, avec Jérémie qui est là à côté.
Jérémie : Jérémie Marchand. Ça fait une petite dizaine d’années que je suis bike patrol, et presque vingt ans que je suis pisteur secouriste. Deux métiers de passion. C’est top.
Vous êtes pisteurs aussi l’hiver ?
Jonathan : Oui, mais c’est plus soft physiquement que l’été.
Jérémie : Par contre, j’ai plus de responsabilités l’hiver. Mais j’aime bien cette bascule avec une petite coupure entre les deux saisons.
Vous êtes tous les deux de La Clusaz ?
Jonathan : Non, moi je suis moitié breton, moitié savoyard.
Jérémie : Et moi je viens de Lyon, mais je venais tout le temps ici petit, mon papi avait un appart à La Clusaz.
C’est quoi une journée type de Bike Patrol ?
Jonathan : La meilleure ? Quand toute l’équipe est réunie. On part reshaper une piste d’enduro, on peut être dans une phase de création, on décide ensemble du tracé, des virages, des sauts. On bosse bien, on avance vite, et surtout on se régale.
Et pour devenir bike patrol, c’est quoi le chemin ?
Jonathan : Il y a une formation de 15 jours à l’IFV (Institut de Formation du Vélo), avec un examen final. On y voit la législation, les secours, les techniques de shapage, de drainage, de création de modules… C’est un métier-passion. Très physique, mais super gratifiant.
Il y a une piste qui vous rend fous ?
Jonathan : La Ferriaz, clairement. Pente forte, cailloux, racines, érosion, eau difficile à gérer. On a beau nettoyer, une semaine après c’est comme si un camion avait vidé une carrière dedans. C’est ingrat.
Jérémie : Et en plus, on ne peut pas y passer de pelle mécanique comme on voudrait. Trop enclavée. Une fois engagé, t’es dedans jusqu’en bas.
Votre plus grande fierté ?
Jonathan : Les pistes enduro. Le premier tracé date de 2013, les Encarnes. Aujourd’hui, on a des retours de pilotes de niveau mondial. On fait tout à la main, sans engins.
Jérémie : Pelle, pioche, râteau, tronçonneuse. Et zéro arbre coupé, on tourne autour. On s’adapte au terrain.
Ce n’est pas trop frustrant de bosser sur une piste que des gens roulent avant qu’elle soit ouverte ?
Jonathan : Non, au contraire. Les gens voient le boulot, ils nous remercient. Et puis quand une piste vient d’être shapée, c’est du velours. Les gens parlent de ça comme d’un jour de poudreuse… en version VTT.
Qu’est-ce qui rend La Clusaz unique côté VTT ?
Jonathan : Notre produit enduro. C’est un mix entre l’enduro et la DH, bien shapé, pas juste un sentier pris au hasard. C’est un vrai concept maison.
Jérémie : On appelle ça parfois de l’“endurache” ou de la “DH douce”. C’est un format hybride qu’on ne retrouve pas ailleurs.
Si vous deviez bosser ailleurs, vous iriez où ?
Jonathan : Canada.
Jérémie : Pareil. Mais on adore La Clusaz, hein !
Et votre équipe, elle est comment ?
Jonathan : On est une vraie bande de potes. Cette année, on est vraiment soudés. Théo nous a rejoints, il est arrivé dans le moule direct.
Jérémie : Si l’ambiance n’est pas bonne, ça ne peut pas marcher dans ce métier. Là, ça matche.
Des envies pour le futur du bike park ?
Jonathan : Il faut penser grand. L’avenir, c’est un vrai développement VTT à l’échelle des Aravis : La Clusaz, Manigod, Le Grand-Bornand, Saint-Jean-de-Sixt. Relier tout ça comme les Portes du Soleil.
Jérémie : On bosse dessus en équipe. Mais entre les pistes qui ferment et les contraintes terrain, ce n’est pas simple. On continue à faire évoluer l’existant.
Est-ce que vous voyez ce que font les bike patrols des autres stations ?
Jonathan : Oui, on connaît bien ceux des Saisies par exemple. On échange, on roule ensemble parfois.
Jérémie : Mais il manque encore un vrai “Congrès des Bike Patrols”, non ? (rires)
Une anecdote “what the fuck” pour finir ?
Jonathan : Le jour où Sam Hill et Fabien Barel ont débarqué
sur notre piste avec Kilian Bron. Ils testaient des roues Mavic. Conditions parfaites. On les voit débouler à fond sur les Encarnes. Un moment hors du temps.
Jérémie : Ouais, on était émus. On s’est dit : “OK, là, on a vraiment fait un truc de ouf.”
